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lundi 11 février 2013

الاسود يليق بك... أحلام مستغانمي...





بعض الرّوايات تشدّنا... فبقدر ما نبحث عنها، نهرب منها...


نبحث في ثناياها عن أنفسنا، أو بعض من قصصنا... نراقص ابطالها، في لحظات ضعفهم و أزمنة قوّتهم...

كلمات ترسم بالأسود خبايانا فنقف عند بعضها كأنّما استطاعت أن تعبّر عمّا لم نستطع أن نعبر عنه أو ما لم ندرك معانيه رغم بساطتها...


بعض الكلمات نتوقّف عندها، فلا نستطيع مواصلة القراءة، كلمات تحملنا معها بعيدا في الزّمن، لكنّها توغل فينا، تنبش فينا، ترفع أغطية تدثّرنا بها، فترتعش أوصالنا رغم دفء شمس لم تعد حواسّنا تدركها...


نهرب منها، كما نهرب من حقائقنا... ففي اعماقنا فرح غطّته احزاننا، أو ربّما هي خيباتنا... فلا نريد أن نحيي ذكراها أو أن ننفض الغبار عن جراحاتها... لعلّنا، نتعلّم يوما الرقص على الرّماد، و هل يستطيع الرقص ان ينفض عنّا غبار الذّاكرة، و كم تراكم  في الذّاكرة  من غبار ما زال رماده حارقا ما ان تلامسه اناملنا...


تقول:" لا أفقر من امرأة لا ذكريات لها"... لئن كانت الذّكريات تغنينا فإنّها تهرئ أوتارنا بضرب سياطها، عندما تحتلّ وسائدنا و تحيّر مضاجعنا كلّما حاولنا مداعبتها...


فكم من مرّة نغادر السّرير حتّى لا تفسد غيوم الماضي مزاجنا فيكون الأرق أخفّ وطأة من ألم الذّكريات...


أحلا م مستغانمي في روايتها الأخيرة " الأسود يليق بك" لم تترك لي مجالا لاختيار بعض المقتطفات. ففي كلّ صفحة أجد كلمة، جملة، أو فقرة تستحقّ ان تُحفظ و تُخطّ بماء الزّهرأو بنار اللّهب أو بدخان عبرة تحترق...


رواية هي مزيج لقصص حبّ متنوّعة، أو قصص ألم متتابعة تتخلّل اوقاتا تجترّ فيها بعضا من الذّكريات...

قصّة حبّ البلد، بماضيه و حاضره و مستقبله. بلد اعطى و اخذ، بلد علّم و اغنى الفكر و الذّكريات. بلد ابكى و أسال الدّم و الدّمع حتّى استحالت في ربوعه الحياة. لكنّه لم يستطع أن يُلغي يوما قصّة العشق الدّائم و الذّكريات التّي تلاحق رغم الإبتعاد...


إنّها قصّة شهيد مات بحثا عن هدف للحياة. رصاصات غادرة تسلب الحياة لكنّها لا تمنع الحياة. و ما أكثر الرّصاصات التّي تقتل اعزّاءنا و تقتلنا رغم أنّها لم تلامس أجسادنا...


إنّها قصّة انتظار، قصّة وهم تبدأ في مطار خال رغم امتلائه... عندما ترمقنا أعين لا نراها أو ربّما هي التّي لا ترانا... فما أقسى ان نمرّ بجانب اقدارنا دون أن ندركها...


هي قصّة رجل شرقيّ بكبريائه، بنرجسيّته و بعقده. رجل كما وصفته أحلام بقولها:" رجل لم يُشف من خيانة المرأة الأولى في حياته، تلك التّي تخلّت عنه لتتزوّج غيره. طوال عمره سيشكّ في صدق النّساء، و سيتخلّى عنهنّ خشية ان يتخلّين عنه، كشهريار، سيقاصصهنّ على جريمة لا علم لهنّ بها". فكان يُغدق الى حدّ الإغراق، و يشحّ خوفا من أن تفلت مرساة عشقه من بين يديه، حتّى يكون هو سيّد الجسد و القلب و العقل. عقل امرأة تحبّ لكلمة، تعشق لباقة ورد و تذوب لقبلة تجعلها تدرك معنى لشفتيها...
 و تنتهي المرأة بوحدتها تجالس مناديل البكاء... " فثمّة شهوات لم تُخلق لتُعاش و ما دمنا لا نعيشها، تعيش فينا"...


و تلخّص مستغانمي في كلمات جزءا من فلسفة الحياة:" هي الحياة، لا ندري و نحن نجلس الى مائدة مباهجها، ماذا تراها تسكب لنا لحظتها في أقداحنا. في الواقع، لسنا من نختار مشروبنا، نحن نختار النّديم. أما النّدم فيختاره لنا القدر."
 كما تلخّص مأساة الحبّ " مأساة الحبّ الكبير ليس في موته صغيرا بل في كونه بعد رحيله يتركنا صغارا... فالحبّ مُوجعٌ و موجوع ابدا".


و بهذه الأبيات الأخيرة نتعلّم تجاوز الخيبات و ان نرقص على اشلاء الذّكريات :

" ارقص كما لو أنّ لا احد يراك

غنّ كما لو أن لا أحد يسمعك

أحبّ كما لو أن لا أحد سبق أن جرحك...

أيّتها الحياة

دعي كمنجاتك تطيل عزفها.. و هاتي يدك.

لمثل هذا الحزن الباذخ بهجة..

راقصيني."

vendredi 25 janvier 2013

PEUR...




On ne parle que de pauvres femmes trahies, d’hommes adultères qui ne savent honorer le serment de fidélité. On ne parle que du machisme masculin, de l’égoïsme,  de l’égocentrisme masculin et de la douceur et la délicatesse féminine. 

 Mais, a-t-on parlé d’hommes qui souffrent de la trahison de la femme de leur vie ?
D’hommes qui ont perdus toute envie de vie ?
 D’hommes qui ne savent plus donner confiance en aucune femme sur terre ?
D’hommes qui ont peur d’aimer ou tout simplement d’être admiré pour leur fonds refoulés ?

Oui, de tels hommes peuvent exister et j’en fais partie.

Je suis un homme qui a dépassé la quarantaine, beau, riche, une carrière professionnelle très bien réussite, je suis même une personnalité publique, représentant mon pays dans des séminaires et des colloques mondiaux.

J’ai aimé, et j’ai cru pendant des années que mon amour était partagé. Que je suis un homme chanceux de trouver la femme qui m’aime, qui saura garder mon honneur. Une femme mère, sœur, amie et complice. Une femme qui comprend mes engagements, mes moments d’absences et qu’elle restera pour toujours mon refuge et la reine de mon cœur et même de mon avenir.

Mais je me retrouve à la fin un homme trahi, un homme blessé, un homme déçu… Et tout se brise autour de moi…

Un homme qui malgré sa douleur, n’ose pas se plaindre, n’ose pas se confier, n’ose pas montrer les larmes qui coulent de ses yeux. 

Comment retenir les larmes qui coulent en dépit de mes efforts à les cacher, ou chasser cette envie de vomir à chaque moment que les souvenirs douloureux surgissent de loin.
Il n’y a qu’à mon grand-père que je peux me confier, un centenaire avec la sagesse des vieux que la vie leur a appris ce que je n’ai pas pu trouver dans les livres. Lui seul a su atténuer pour quelques moment mes peines. Lui seul me donne l’espoir que je mérite mieux et que je n’ai aucune responsabilité pour que je sois poignarder dans le dos. Lui seul qui me donne l’espoir que je peux encore me relever, de refaire ma vie sans être déçu, sans être trahi.

Mais je ne suis plus le même homme que j’étais. Je ne sais plus me retrouver. Quand j’avance, quand j’ouvre les portes de mon cœur, une seule image me vient à l’esprit, je ne peux plus donner confiance et je bloque tout sur mon passage. 
Suis je une autre personne que je n'ai jamais connu? à mes yeux, toutes les femmes sont comme celle qui était ma femme, des trainées. Elles ne méritent que mon mépris et mon agressivité. Gare à celle qui tombe sous mon charme, qui passe sous mes draps, elle payera pour tous les maux qu'une femme peut causer, puis elle sera jetée comme une chaussette usée sans aucune pitié. Qu'elles pleurent, moi je ne croix plus aux larmes de femmes, elles ne savent que pleurer et ne méritent que d'être encore et encore piétinées.

Mes doutes me rongent, me tuent, m’harcèlent et je ne peux plus avancer. Toutes les femmes sont pour moi des accusées, elles subissent tous mes tests, toutes mes analyses et ma sentence est déterminée d’avance. Je claque tout devant moi, je retourne à ma solitude, c’est là que je trouve ma paix. Je ne sais plus faire la différence entre ceux qui me tendent la main en amitié et ceux qui cherchent à me piéger, et je ne laisserais personne oser me piéger, toutes ne font que me piéger pour rire et m'humilier, l'homme que sa femme a trompé, pour trouver du plaisir dans les bras d'un autre homme le temps que comme une bête il travaillait. Quel dupe il était, mais il ne le sera plus jamais.

Parfois j’aime bien me venger, leur rendre la vie un enfer et me transformer en démon. J’aime briser sa vie comme elle a brisé la mienne, mais ce n’est pas pour elle que je me tais. C’est pour mes enfants, je ne veux pas leur faire porter le fardeau d’une mère qui s’est salie en se déshonorant avant de me déshonorer. Et je garde enterré en moi tout le mal qu’elle m’a fait. Et j’espère un jour, pas oublier, mais savoir vivre avec ou tout simplement dépasser. Mais l'épargnant de ma colère et de mon agressivité, je fait subir à tous ceux qui me croisent de mon humeur de chien. traitant les femmes comme un jouet, dans un jeu ou je suis le seul maitres et le seul teneur des dés. Les hommes sont tous de hommes trahis et blessés, et ils guettes un moment de vengeance ou simplement un moment d'assouvir leur faim de corps de femmes qui ne savent que s'offrir au plus offrant, même ceux qui leurs offres des mots, des rêves et des illusions.

Pourrais-je un jour redonner à ma vie son éclat ?
Pourrais-je un jour ne plus souffrir ?
Pourrais-je un jour accepter ce que le destin m’offre sans penser me venger de toutes celles qui m’approchent ?
Pourrais-je un jour passer du profil de l’homme trahi au profil de l’homme épanoui ?
 Pourrais-je un jour dépasser ma peur d’être trahi une autre fois ?
 Pourrais-je un jour ne plus voir le diable derrière chaque geste, derrière chaque nom, derrière chaque mot et derrière chaque visage qui me sourit de loin ?
Pourrais-je un jour laisser ma tête ailleurs, arrêter ses analyses et laisser mon instinct me guider vers ce qui est mon bien ?

La route est surement longue, mais la peur me bloque, m'envahi, et je ne suis qu’une marionnette entre ses mains, je ne suis pas juste méfiant, je ne suis pas juste sur mes gardes, mais j’ai peur.

jeudi 18 octobre 2012

Le marché de chair et d’honneur….

 Un restaurant chic à la Goulette, une des banlieues nord de la capitale tunisienne. 

 C’était un début de semaine d’un mois d’octobre, humide et pluvieux.

 Eux, ce sont deux hommes qui ont dépassés la cinquantaine et qui ont choisi de diner ensemble dans un lieu chic où on offre des bons plats, une bonne ambiance musicale et un bon contexte pour revenir aux souvenirs d’une bonne amitié ou pour discuter de tout et de rien en dégustant un bon verre. 

Il était presque vingt heures quand ils ont franchi la porte d’entrée. Les tables éparpillées étaient à moitié occupées. La troupe musicale commençait à peine ses premières notes d’une musique orientale qui datait du temps de leur jeunesse. Le sourire qu’ils ont échangé a tout dit sur leur gout partagé de ces airs presque ancestral sans besoin de prononcer un mot. Ça fait bien longtemps qu’ils n’avaient pas veillé avec ces airs de leur jeunesse, les temps des grands rêves et de la bonne musique.

 Les plats commandés, l’ambiance tout autour commence à changer. La cloche a sonné ses dix coups et le restaurant est
complet pour un soir d’un début de semaine. à leurs cotés, des hommes de différentes tranches d’âge sont attablés venant d’un pays voisin. Les rues sont déjà surchargées par leurs grandes voitures, et les voilà partout. Ils ont de l’argent, et apparemment beaucoup d’argent au point de les voir là où on passe. On voit rarement leurs femmes ou leurs familles les accompagner dans les grands lieux publics, bien qu’on les voie parfois en voiture ou chez les grands médecins des cliniques privés. 

Ce soir là, ils n’étaient pas seuls. Ils sont accompagnés par des tunisiennes, oui, des jeunes tunisiennes qui n’ont pas dépassées la vingtaine. Des jeunes filles moulues dans leurs petites robes ou ces pantalons qui collent à leur corps comme une seconde peau. Leurs visages sont maquillés avec gout mais avec une exagération remarquable. On peut déceler chez quelques une, une beauté enfantine qui ne colle pas avec leur état d’ivresse. Leurs rires à voix haute et leurs danses exhibitionnistes ont provoqué le dégout des deux cinquantenaires qui espéraient une ambiance plus sereine.

 Les hommes qu’elles accompagnaient étaient de tout âge. Certains, encore jeunes avec des tenues occidentales, des baskets de grandes marques, les autres ont déjà atteint l’âge adulte depuis des années ou même des décennies. Ils offraient à leurs accompagnatrices les plus chères liqueurs, les plus luxueuses cigarettes et les plus basses des insultes. 

La troupe musicale est apparemment habituée à un tel spectacle. Les notes ont changées, le rythme aussi, tout devenait plié aux volontés de ceux que le porte monnaie est bourré de billets sans même avoir besoin de le réclamer. Ils sont devenus les maitres des lieux. Les filles étaient humiliées en public sans aucune réaction et elles continuent à sourire et à rigoler comme si elles se considéraient déjà plus basses qu’une sale serpillère. 

Ces filles, jeunes et très jeunes pour quelques unes devaient être occupées par leurs études. Des filles qui devaient être à l’image de la femme tunisienne, émancipée, libre, responsable et fière. Des filles, tunisiennes, qui ne devaient pas se considérer comme une marchandise qu’on piétine avec un corps après avoir piétiné leur honneur par des mots qui leurs ôtes toute dignité. 

Suis-je trop idéaliste ? Je sais que ça existe partout, dans les pays les plus développés comme dans les pays dits trop conservateurs. C’est la prostitution pour les riches qui s’offrent des filles, jeunes, belles et ils en abusent de toute sorte tant qu’ils offrent le prix qu’il faut. Et ceux qui n’ont pas les moyens ? Que peuvent-ils faire avec les bordels fermés ? Ils n’ont qu’aller chercher qui violer… Et ne me dites pas qu’ils peuvent aller se marier, ou de cacher les filles de leurs yeux pour ne pas les provoquer, car ça n’arrivera jamais. Me dire que la foi et la patience saura atténuer les envies des sans moyens ? Peut être, ça reste à prouver. 

Dans mon pays le marché de chair et d’honneur est devenu de plus en plus large. Ce marché n’est plus limité aux cercles fermés ou dans quelques lieux, il devient partout, de jour comme de nuit, des trotteuses de plus en plus jeunes qui s’offrent au plus offrants et les acheteurs sont là, ils voient dans chaque fille ou femme qui passe une marchandise qu’ils peuvent s’offrir s’ils y mettent le bon prix. 

C’est la faute de qui ? De la pauvreté ? De la misère qui touchent de plus en plus ce peuple de l’après révolution ? Le manque de contrôle parental ? Des parents qui n’assument plus leur devoir d’encadrement pour leurs progénitures ? L’absence de valeurs, de mœurs, d’attaches ? L’amour inconditionnel de l’argent « facile » qui devient en lui-même un but ? Est-ce que tous les moyens sont justifiés pour l’acquérir ? 

 Un excès de liberté, de nonchalance de toute une société ? Ou est ce que je dois considérer tout ce qui arrive comme une liberté personnelle ? Ces filles sont majeures, libres de faire ce qu’elles veulent de leur vie, de leurs corps, de leurs honneurs et de leurs dignités ? Ou est-ce qu’on doit réapprendre à toute une société ce que veut dire les valeurs humaines pour que chaque individu comprenne que rien ne vaut l’honneur de l’humain en lui ? 

Ce qui s’est passé dans ce restaurant a toujours existé et existera pour toujours, mais entre les cas isolés et le phénomène social résident toute la différence. Le diner des deux amis s’achève plus tôt que prévu, le gout amer empli leurs deux esprits, et une question qui s’impose sans trouver une réponse : vers quelle dérive marche cette société pleine de contrastes ? 

Et ce n’est qu’un petit exemple parmi plusieurs d’autres….

mercredi 5 septembre 2012

Les oiseaux se cachent pour mourir

La lecture est une passion. Une autre vie dans la vie. Le livre donne à son lecteur d’autres couleurs, d’autres saveurs et beaucoup de rêves et d’illusions.

Je suis tombée, il y a quatre jours, par un pur hasard sur la première édition du roman de l’écrivaine Colleen Mc Cullough « Les oiseaux se cachent pour mourir », une édition qui datait de 1978. Et comme je suis une amoureuse de la lecture, j’ai dévoré ses plus de cinq cent pages en délaissant même le sommeil.

Je me retrouve à quatre heures du matin, les larmes aux yeux, avec des sensations fortes et contradictoires à poursuivre cette belle histoire qui a eu lieu en majeure partie en Australie. Je ne sais pas si je pleurais le mal de Meggie, de Ralf, de Fiona, de toute une famille ou simplement les pages qui se suivent ont laissé libre cours au mal que j’avais en moi pour submerger. Un mal que je refusais d’admettre ou de faire sortir. On s’attache aux personnages et on s’identifie à certains d’entre eux, ce qui rend la lecture comme un voyage lointain, mais aussi un voyage dans les profondeurs du soi.

La fluidité du récit, les descriptions merveilleuses ont pu m’emporter loin, avec chaque personnage, avec chaque événement que je n’ai pas pu interrompre ma lecture que pour les obligations de la vie ou quand le sommeil triomphe.

Des passages me tiennent et j’aimerais bien les partager avec ceux qui n’ont pas connu le livre ou ceux qui sont tombés sous son charme il y a des années. Le premier passage est une description en sanglot qu’a donné Meggie à Ralph qui refusait d’admettre ou d’assumer l’amour que sentaient l’un pour l’autre, un amour impossible:
« Vous les hommes vous êtes tous les mêmes, de grands papillons velus, attirés par une flamme ridicule, à l’abri d’un verre si clair que vous ne le voyez pas. Et si vous parvenez à vous frayer un chemin à l’intérieur du globe, vous vous heurtez à la flamme et vous tombez, brûlés, morts. Alors que pendant tout ce temps, dans la fraîcheur de la nuit, il y a de quoi vous nourrir, il y a de l’amour et de petits papillons à engendrer. Mais le voyez vous, le désirez vous ? Non ! Vous retournez vers la flamme, vous y heurter jusqu’à ce que vous y brûliez, que vous en mouriez ! » (page 297)

L’image que peint le dernier paragraphe du roman est aussi belle « L’oiseau à la poitrine percée par une épine suit une loi immuable, il ne sait pas ce qui l’a poussé à s’embrocher et il meurt en chantant. A l’instant même où l’épine le pénètre, il n’a pas conscience de la mort à venir ; il se contente de chanter et de chanter encore jusqu’à ce qu’il n'ait plus de vie pour émettre une note de plus. Mais nous, quand nous nous enfonçons des épines dans la poitrine, nous savons. Nous comprenons. Et pourtant nous le faisons. Nous le faisons. » (page 536)

Sur cette même légende d’oiseau, un autre paragraphe m’a personnellement trop touché, tellement fort et tellement vrai : « Chacun de nous a quelque chose en lui qui ne peut être étouffé, même si cela nous fait hurler de douleur, au point de vouloir en mourir. Nous sommes ce que nous sommes, c’est tout. Comme la vieille légende celte de l’oiseau au poitrail transpercé d’une épine qui exhale son cœur dans un chant et meurt. Parce qu’il le faut, qu’il y est obligé. Nous pouvons savoir que nous nous trompons avant même d’agir, mais cette connaissance n’affecte pas le résultat, ni ne le change. Chacun chante son propre petit couplet, convaincu que c’est le chant le plus merveilleux que le monde ait jamais entendu. Ne comprends tu pas ? Nous sécrétons nos propres épines, sans jamais nous interrompre pour en évaluer le coût. Nous ne pouvant qu’endurer la souffrance en nous disant qu’elle en valait largement la peine ». (page 396)

Le roman a été porté à l’écran, vous pouvez trouvez ses quatre parties ici, ici, ici et ici. Le film mérite d’être vu bien qu’il n’est pas totalement fidèle au livre et n’a pas su transférer la profondeur de chaque personnage, de chaque événement, de chaque débat intérieur et même de chaque paysage. Rien ne vaut la lecture du roman que je trouve beaucoup meilleure.

jeudi 30 août 2012

Les échos du silence…



Joseph Joubert a dit un jour "Le reflet est pour les couleurs ce que l'écho est pour les sons." Mais il a omis de préciser que le silence a un écho plus fort et plus pesant que tous les sons…

Une histoire muette, sans mots prononcés, sans sons, une histoire de silence en silence…

Son billet d’avion attendait dans son sac depuis deux semaines déjà. Un aller retour et une escapade qui ne durera que vingt heures, elle n’avait pas pu se libérer que pour ce bout de temps.

Un billet d’avion qui avait attendu une confirmation, une confirmation promise et même jurée dans un autre temps. Une confirmation qui n’était jamais venue, c’est le silence de non confirmation.

Le jour venu, elle se retrouve avec son petit sac à la main. Elle n’avait rien comme bagage, sauf son parfum et sa robe couleur aubergine. Elle avait emporté aussi une grande bougie aux senteurs de lavande. Seule sa lueur et sa senteur saurait embellir son voyage.

Son avion avait atterri vers seize heures. Elle savait que personne ne sera là à son arrivée, personne à l’attendre, personne n’affleurera ses joues, personne ne lui souhaitera la bienvenue, personne ne tiendra sa main pour lui faire visiter le grand jardin.

Elle avait traversé seule la foule, observant les rencontres et admirant les cris de joies des retrouvailles. Seule, son sac à la main, ses grandes lunettes noires cachaient ses yeux qui avaient refusé de verser même une larme pour soulager sa solitude, ou pour accompagner son silence dans tout ce vacarme.

La foule se dispersait. Elle était debout seule au milieu de nulle part. Elle n’avait pas voulu penser à ces vingt heures, ni au comment elle allait les passer.

Aucune envie de passer par cette grande porte vitrée. Elle n’avait ni adresse ni lieu où aller. C’est seulement le vide du silence qui l’enveloppait…

Elle voyait le soleil disparaitre, une longue nuit vient de commencer. D’un pas lent elle avançait, s’installa à une table dans un café isolé, et elle demanda son premier expresso.

Des passagers s’attablaient et d’autres partaient. Elle prit sa bougie, alluma son briquet, la lumière tamisée et le parfum doux, l’accompagnaient dans la lecture du livre qu’elle venait d’acheter. Les heures passaient et les pages se succédaient, des mots d’une grande banalité. La musique diffusée était la seule beauté dans cet espaces plein de fumée.

Tout en elle était figé, elle n’avait aucune sensation ni même une envie de rêver de ce qu’aurait pu être ce voyage qu’elle a fait, rien ne pourrait l’expliquer.

A dix heures du matin, elle plaça quelques billets pour les cafés qu’elle avait savourés. La bougie agonisait en soufflant ses dernières lueurs. Juste à coté, elle avait placé le livre qu’elle venait d’achever. C'était une histoire qui se terminait par un baiser et un amour pour l’éternité, ce n’était qu’un conte de fées.

Quand la cloche sonna ses douze coups, elle était enfoncée dans son siège, pour le voyage de retour.

.......

On s’entête parfois à faire des choses qui n’ont aucun sens, qui n’aboutissent à rien, on le sait, mais on les fait quand même. C’est peut être pour se prouver que certains bancs ont plus de charme quand ils sont vides, entourés simplement par le silence, ou par l’écho du silence…

mardi 14 août 2012

Tunisienne, bribes d’une histoire

Elle est assise là, entourée par ses filles, leurs enfants et leurs petits enfants. Quelques années s’ajoutent à ses quatre-vingt ans, une longue vie d’évènements et d’émotions. Les rides et les ridules sillonnent son visage qui garde encore les traces d’une beauté que les années n’ont pas pu effacer. Ses yeux couleurs noisette et ses lèvres fines couleur de framboise portent milles et une histoire. Oui, c’est ma grand-mère maternelle.

Quand je la regarde, quand je l’entends parler de sa vie, ce n’est plus son histoire à elle, mais c’est l’histoire de la femme, d’une femme tunisienne qui a vécu la colonisation, l’indépendance et qui observe avec attention ce qui se passe dans son pays. C’est le combat d’une tunisienne, parfois silencieux, parfois muet et souvent des droits revendiqués avec acharnement.

Comment pourrais-je décrire en quelques lignes son histoire ? L’histoire de la femme tunisienne ? La spécificité de la femme tunisienne durant le dernier siècle ? Ça mérite des pages, des dizaines et des centaines de pages que je dois réduire dans un petit récit, et c’est pour cela que ça ne sera que des bribes d’une histoire. J’espère un jour exhausser son rêve et écrire son histoire, sa vie, ses joies et surtout ses souffrances de femme, dans un vrai livre.

Son histoire est parfois personnelle, mais c’est aussi l’histoire de toute une génération ou c’est une suite de générations de femmes qui ont vécu ce passage d’un état de presque soumission à une émancipation, à une liberté responsable avec le fardeau de toute une société qui a changé sans pour autant changer.

Orpheline de père depuis son jeune âge, prise en charge par son frère, elle n’a pas eu le droit aux bancs de l’école, ni à des enseignants à domicile pour lui apprendre les langues, la musique, les bonnes étiquettes comme sa mère ou sa grand-mère qui parlaient un français impeccable et jouaient au piano des symphonies mondiale. Elle n’a eu le droit qu’à des cours de broderie et de couture comme une fille de bonne famille. Pour fuir au despotisme de sa belle sœur, elle ne rêvait que de trouver son prince charmant qu’elle a choisi beau aux yeux couleur d’azur, c’était mon grand père qui avait dix huit ans à cette époque tandis qu’elle n’ pas dépassé les quinze printemps. Lui-même orphelin, mais éduqué à être l’homme de la famille, responsable de sa mère veuve à l’âge de trente ans, de son frère et maintenant d’une jeune épouse.

Mon grand père était l’exemple même du machisme masculin. Très conservateur, prétentieux, narcissique et tyrannique, et une épouse presque naïve, ou elle n’avait pas le choix que de l’être. Elle avait peur, de lui, de toute une société. Peur qu’il la quitte, ou qu’elle revienne divorcée à son frère, alors elle n’a trouvé que la soumission totale comme solution. C’était une époque où la femme n’avait pas le choix, l’humeur de son homme peut bouleverser toute sa vie, c’est lui le décideur, le maitre, et elle n’avait qu’à se plier à ses quatre volontés. On lui disait que tout les hommes sont comme ça, et que toute femme doit se plier à ce que le destin lui a choisi, elle n’a pas de mot à dire.

Une époque où la femme tunisienne n’a de rôle que d’être l’épouse, soutenir son mari sans discuter ce qu’il pourrait faire, un être de second degré, et c’était la peur, l’absence de droits qui la rendaient soumise à ce point. Elle aide, elle travaille à domicile, en broderie, à apprendre aux filles l’art de la couture et la confection de la dentelle traditionnelle, mais jamais elle ne bénéficiait du fruit de son labeur, et gare à elle si un jour elle ose cacher quelques sous pour elle. Son mari avait un oiseau qui la suivait et lui reportait tous ses faits et gestes. Elle rit maintenant quand elle évoque cette histoire d’oiseau, elle le guettait des yeux là où elle se déplaçait, où quand elle essayait d’enlever pour un moment le bout de papier qu’il a mis sur la serrure de la porte pour qu’elle puisse voir ce qui se passait à l’extérieur, mais rien ne lui échappait.

Des années sont passée, la guerre puis l’indépendance, entre temps, elle a perdu ses trois garçons très jeunes et n’a survécu que ses deux filles, une malédiction du destin… Les paroles de son beau frère résonnent encore dans sa tête, qu’elle bâtisse des châteaux, qu’elle investisse, la majeure partie sera pour lui, le frère, car elle n’a eu que des filles. Des mots qui lui ont fait mal, il n’y avait que les hommes qui ont tout le mérite, bien que ce soit grâce à elle, sa bonne gérance et son labeur que la richesse familiale est devenue importante. Mais elle n’avait aucune propriété à son nom, une femme ne peut rien posséder rien avec son mari, même si c’est elle qui finance l’achat.

Mais les choses ont changées, ses filles sont à l’école, et elle a apprit à écrire son prénom d’une écriture lente mais sure, c’était comme un signe de liberté, elle a maintenant sa signature personnelle. Elle est maintenant un être complet pas seulement l’ombre d’un homme.

Et elle est devenue plus sure d’elle. Son beau frère ne viendra pas prendre à ses filles leur héritage qu’elle a souffert pour le créer. Elle ne reviendra plus chez son frère avec deux filles en charge, si un jour mon grand père, sur un coup de tête décide de divorcer. Elle peut même annoncer sa jalousie, de chaque autre femme qui peut admirer les beaux yeux de mon grand père qui lui-même faisait les yeux doux, aucune autre femme ne pourra lui prendre sa place.

Grand-mère, avec ses quatre vingt ans dépassés, sait qu’avec des lois, on peut avoir des droits, une protection, une valeur, et une illusion d’égalité. Elle sait que ce sont ces lois qui lui ont permis de dépasser sa peur, d’avoir son mot à dire, de gérer ses biens et de bénéficier de son labeur. Elle sait que la souffrance et l’humiliation vécues souvent en silence ne doivent jamais revenir. Que la femme a en elle une force que ne possèdent pas les hommes, elle enfante, elle veille sur ses enfants et sur leur éducation, elle est responsable de la bonne marche de son foyer même si elle est femme au foyer… Des petites choses qu’on ne peut pas voir, mais en les accumulant, on sait que c’est sur le dos des femmes que toute une société avance.

Grand-mère avec son âge, sait que la femme d’aujourd’hui est encore plus battante. Qu’elle se force pour faire beaucoup mieux. Qu’elle est devenue cadre, enseignante, ouvrière, qu’elle se prend en charge sans pour autant négliger son rôle d’épouse, de mère, de sœur. Elle est ce mélange de force et de douceur. Elle ne laisse jamais ses responsabilités, elle les assume et elle en est fière de le faire. Qu’il fallait voir la femme, soit rurale ou citadine, elle est toujours rayonnante, battante sans lâcher prise, même si souvent elle est exploitée, au travail comme au foyer, et ces dépassements ce ne sont pas les lois qui vont les changer.

Grand-mère sait que ses petites filles, même avec tous les progrès techniques, sont fatiguées. Elles fournissent un effort énorme pour mériter leur statut de citoyenne libre et honorée. Que si les lois peuvent protéger les arrières, les mentalités ont encore besoin de beaucoup d’années pour changer. Alors les lois sont faites pour avancer, pour améliorer par pour régresser.

Grand-mère, sans quitter son sefséri en soie, ne souhaite jamais que les choses reviennent comme elles ont été, car elle sait ce que c’était. Mais elle insiste surtout sur le respect, c’est dans le respect qu’on peut tout changer. Mais cette fois, elle n’a plus peur, elle sait, et elle est sure même que la femme tunisienne est prête à tout faire pour ne pas perdre ses acquis et militer pour avoir d’autres droits en tant que citoyenne. Même si certaine disent vouloir faire revenir la femme des siècles en arrière, elles n’y arriveront jamais. Ma Tunisie ne fera jamais ce retour…

mercredi 13 juin 2012

La noyée …


C’était une princesse par un jour d’été, qui sortait faire sa balade au bord d’une plage qu’elle connait.

La balade l’a emportée, ses pieds l’ont menée loin des lieux sûrs qu’elle avait l’habitude d’aborder.

L’eau fraiche de la mer l’a appelée, l’invitant à se rafraichir et apaiser ses jambes fatiguées.

Le soleil l’illuminait, faisait briller ses cheveux qui caressaient, la peau blanche de ses épaules couleur de lait.

Ses pas avançaient vers les profondeurs de l’eau salée, elle ne pouvait pas se noyer, elle qui avait su toujours nager.

Brusquement, le soleil s’était éclipsé, un vent violent la balançait, la mer douce devenait très agitée.

Elle ne voyait plus ce qui l’entourait, ses pieds ne trouvaient plus la terre ferme qui la tenait, tout autour d’elle devenait obscurité.

Elle essayait de se calmer, ce n’était qu’une tempête et elle finira par vite passer, elle resta clouée mais le courant l’emportait.

Mais rien n’avait changé, à ses yeux épeurés, tout autour d’elle s’agitait et bousculait, elle ne savait même plus nager.

Elle a tendu la main, cherchant une paille pour s’accrocher, un espoir pour lutter, mais tout autour d’elle s’écroulait.

La main qu’elle voulait tenir, pour la soutenir, refusait de croire qu’elle, la princesse qui savait seule nager, pouvait se noyer.

La mer pouvait ne pas être profonde, le noir qui l’entourait pouvait ne pas être une totale obscurité, c’était peut être elle qui dramatisait.

Pouvait-on savoir que dans un moment de détresse, tout parait noir et même les lumières disparaissaient ?

Pouvait-on savoir qu’elle pouvait avoir peur, et que dans sa peur elle ne voyait plus sa route et qu’elle se sentait perdue à jamais?

Pouvait-on savoir qu’elle n’attendait qu’un mot, qu’une petite paille ou une poigné de main qui minimise sa peur et sa détresse exagérées?

Pouvait-on savoir qu’elle se sentait seule, abandonnée même dans cette mer qu’elle connaissait et qui l’absorbait dans ses profondeurs agitées?

Pouvait-on savoir qu’elle voulait crier, quand sa tête s’enfonçait, mais qu’aucun son ne pouvait sortir de sa gorge nouée ?

Pouvait-on savoir qu’elle percevait sa fin devant ses yeux, et qu’elle pleurait la perte tous ceux qu’elle avait aimés ?

Pouvait-on savoir que dans son dernier souffle avant de se laisser absorber, elle voyait son rêve de la fin d’été, s’écrouler pour l’éternité?

Et c’était l’histoire d’une princesse, qui, dans un moment de détresse, avait laissé une vague l’empoter vers sa fin.

Une princesse qui se noyait mais que personne ne croyait, qu’elle avait perdu la capacité de nager…

Une princesse qui n’avait même pas su dire adieu…

lundi 19 mars 2012

De quel droit vous parlez ??? Réponse d’une femme trahie


Suite à la confession de mon mari (ici) qui annonce son refus de la polygamie et affirme son droit à une petite amie, j’ai bien voulu étaler ma vision des choses.

Mariée depuis quinze ans, j’ai découvert que mon homme qui m'a promis fidélité à vie, changeait de maitresse comme il changeait de chaussettes. J’ai commencé à douté quand il est devenu plus attentionnée, quand il a commencé à m’offrir des fleurs et me gâter à chaque occasion, ce qui n’était pas de son habitude. Bien qu’il faisait toujours attention à ne jamais laisser de traces de son adultère sur son portable, son mail ou sur sa chemise, l’instinct d’une femme est le plus fort, et quand elle met le nez, elle peut tout savoir.

Je l’ai découvert à travers un message qui précédait l’un de ses voyages d’affaire, juste avant qu'il trouve le temps pour le supprimer comme il faisait à chaque fois. Au début j’ai failli faire une dépression, le couple que tout l’entourage jalousait, tellement uni, amoureux et attaché se trouve face à l’adultère, à la trahison d’un homme d'apparence dévoué à sa femme et ses enfants.

Face à cette situation j’ai eu le réflexe de ne rien dévoiler. J’ai calculé le pour et le contre du scandale que je pouvais faire éclater.

Trois situations m'étaient possibles.
Soit je fais un drame pour aller jusqu’au bout de mon refus de la situation pour qu’en fin, chacun de nous prenne un chemin séparé et me trouver comme une femme divorcée avec en charge deux enfants. De la sorte je garderai ma dignité de femme qui n’accepte pas d’être trompée.

Soit l’affronter avec toutes les preuves que j’ai recueillies depuis, et sachant, que malgré ses aventures, je suis la femme qu’il dit toujours aimer, qu’il me demandera de lui pardonner et j’aurais la pression de tout notre entourage qui me suppliera de lui donner une seconde chance et je finirais par me plier. Mais quelque chose entre nous sera brisée et même si on fait semblant que tout marche sur des roulettes rien ne sera comme avant.

La troisième possibilité, et pour laquelle j’avais opté, était de faire semblant que je ne le savais pas, que je n’ai rien découvert, et profiter de sa sensation de culpabilité pour avoir tout ce que je voulais et même beaucoup plus.

Pourquoi ne pas divorcer ? Je connais bien le statut de femme divorcée. Elle peut avoir toutes les indemnités matérielles, une illusion de fierté mais elle sera toujours vue comme une femme de second degré. Ses sorties, ses actions sont jugés surtout dans une petite ville où tout le monde se connait. Même penser à refaire sa vie n’est pas si évident, en mettant le bien être de ses enfants comme priorité. Pour ces raisons et beaucoup d’autres je n’ai pas fait ce choix soit disant de liberté, de dignité, mais qui cache des restrictions illimitées.

Pourquoi ne pas lui crier ses quatre vérités et le rendre un vrai coupable à tous les yeux ? Pour moi ça ne sera qu’un moment de force qui cache une vulnérabilité tant que je sais, que par la suite,
je vais lui pardonner, et vivre avec ce mur dressé entre nous deux sans pouvoir un jour le dépasser ou sans pouvoir un jour se regarder directement dans les yeux. La stabilité des enfants qui ont besoins des deux parents présents sera prise en considération.

Le choix de tout cacher, d’assumer seule cette trahison et pourquoi pas en profiter, était pour moi la façon de se surpasser. Je connais son attachement à sa famille et sa peur de la briser ainsi que sa sensation de culpabilité à chaque moment d’évasion qu’il prenait. Depuis que j’ai fait ce choix, nos sorties ont multiplié, mes cadeaux deviennent de plus en plus couteux et je m’affiche plus avec lui, affichant l’image du couple amoureux après tant d'années de liaison maritale et cette image me plaisait. Je ne nie pas que parfois j’ai pensé me venger, faire ce que lui me faisait et le frapper avec la même arme avec laquelle il m’a frappé. Les occasions ne m’ont jamais manquée, mais je n’arrive jamais jusqu’au bout. C’était juste des moments de faiblesses où je sentais le besoin de savoir que je suis encore sollicitée, que je peux plaire et que je peux encore charmer, ce qui me donnais plus de force et de confiance en moi.

Certains et certaines parlent de polygamie comme solution qui honore chacun de nous deux, et là je réponds NON et mille fois non. Je veux être la seule femme légale qui a tous les droits. Qu’il rentre chaque soir pour dormir à mes cotés, qu’il ne décline jamais ses responsabilités. En plus, quelle femme viendra partager tout ce que j’ai bâtit pendant des années ? Quels enfants partageront l’attention de leur père dans un autre foyer ?... Lui et elle n’ont qu’à faire attention, et si elle a accepté de partager la vie d’un homme marié, qu’elle sache qu’il a des responsabilités et qu’il n’a à lui offrir que ce qu’elle prenait. Et si lui veut avoir les plaisirs de la vie et les biens d’un paradis dans l’au-delà, s’il veut avoir la conscience tranquille et éloigner sa sensation de culpabilité, qu’il se contente de ce qu’il a chez lui.

Alors, s’il veut faire sa vie loin de sa famille c’est son choix, mais il ne pourra jamais avoir deux femmes dans la légalité à la fois. Et si j’ai accepté la présence de cette maitresse qu’il voulait la qualifier gentiment comme sa petite amie, c’est que je sais que ça ne brisera en rien ma famille ( bien que ce n'est pas aussi facile à supporter pour moi) et que je fais un effort continue pour approfondir sa sensation de culpabilité, l'approcher encore plus aux plaisirs de notre petit nid et qu’il finira bientôt, par savoir que rien ne durera, rien n'est n'est si solide que sa femme et ses enfants qui le soutiendront à tout moment s’il arrive à s’ouvrir à eux.

mercredi 14 mars 2012

Le dernier pont…



Du haut de sa falaise, sur ce sommet qui défiait cette profondeur d’une rivière de vie, il regardait son pont s’effondrer. Il ne savait pas s’il devait laisser filer une larme d’un œil d’homme qui ne devait pas pleurer, ou dessiner un sourire de soulagement.

Il resta clouer, là, sur ce point final, culminant, comme si la terre s’est arrêtée de tourner pour un moment.

Là, devant ses yeux, le vide à pris place, les dernières cordes et les derniers bouts de bois sont avalés et emportés par le courant qui coulait vers des lieux inconnus. Le pont s’est effondré, et c’était le dernier…

Il se recroquevillait sur cette roche qui a su défier le temps, regardait de l’autre coté de la vallée ou plutôt de ce fossé qui le séparait de son passé après que le dernier pont s’est effondré.

Il avait connu ce pont depuis des années, entre eux deux, s’est tracée une longue histoire de traversées. Il connaissait chaque marche, chaque nœud de liane auquel il s’agrippait, chaque bout de bois où il mettait ses pieds qui parfois couraient, et parfois hésitaient d’avancer.

Dans ses terres d’origine il a ouvert les yeux, il a connus ses bonheurs et ses peines cachées et même écrites et criées. Sur cette rive il a rêvé de bâtir un monde meilleur où le printemps durerai à jamais. Le jour où il a su qu’il a échoué, le jour où tout le monde lui répétait son échec qu’il ne voulait pas admettre ni accepter, ce jour là, il a pris pour la dernière fois son pont, ce passage vers une autre rive qui portait d’autre rêves ou peut être le fardeau d’un échec non assumé.

Ses premières traversées sont venues comme ça, non prémédités, sous le coup d’une peine non acceptée. A chacune de ses premières traversées, il coupait une partie de ce pont pour ne pas revenir aux terres qui l’ont blessé, aux terres qui n’ont pas su accepter ses rêves et ses folies parfois exagérées. Mais à chaque fois, il remarquait qu’il n’avait fait que défaire quelques nœuds, et qu’il pouvait quand le moment de colère s’apaisait et sa peine minimisée, retourner vers les terres qui l’ont poussé.

Il n’a jamais pu détruire ce pont, le seul chemin qui lui permettait de revenir à son nid d’enfant où il pouvait fermer les yeux en paix. Là où il avait toujours l’espoir que ses rêves et ses folies seront un jour compris et appréciés. A chaque fois, il remettait les nœuds défaits à leur place et revenait, pour être une autre fois expulsé et obligé de reprendre ce pont qu’il n’avait jamais eu le courage de briser.

A ce moment, il se rappela de cette histoire que son père lui racontait, l’histoire de cet homme qui a la main malade et qu'il devait amputer. Une main qui lui faisait si mal, qui lui pourrissait la vie en le privant de dormir ou même de pratiquer une vie normale. Parfois il la pressait sous des bouts de tissu qu’il serrait sur le lieu de mal, comme s'il voulait enfermer à jamais sa douleur, parfois il essayait d’oublier ne voyant que son autre main en bonne santé. Il savait qu’il devait s’en débarrasser, qu’il devait la couper pour pouvoir poursuivre sa vie.

A chaque fois où cet héros mythique tenait son couteau dans la main, il ne faisait que faire couler quelques gouttes de sang sans y arriver un jour à assumer ce qu'il voulait. Cette main qui le faisait souffrir lui criait à chaque occasion qu’entre elle et lui, ils ont échouée à faire un corps saint, mais il refusait de se faire raison, il refusait d’admettre que cette main ne faisait plus partie de lui.


Son père lui disait, comme finalité de cette histoire d’homme faible, têtu ou peut être avec un grain de folie, que personne ne pouvait seul se débarrasser de ce qu’il a de cher, que cet homme a préféré mourir que couper cette main qui est sienne, qui fait partie de lui. Que cet homme là aurait du demander à un autre qui n’a aucun lien avec cette main pour la couper, un proche ne le fera pas, comme le docteur qui trouve des difficultés à opérer un être proche au cœur…

Et encore devant ce qui était un pont, il se rappela qu'après une longue réflexion, après qu’il s’est rendu compte que jamais il n’y arriverait seul à laisser définitivement ses terres d’origine et couper le pont, il a demandé aux siens de le faire. Il les a même suppliés de le faire, de faire ce qu’il n’a pas réussi seul d’exécuter. De l’empêcher de se retourner à chaque fois, avec d’autres rêves et d’autres folies et de leur permettre de vivre en paix sans encaisser les séquelles de ce qu’ils pensent échouer.

Devant ce dernier pont effondré, devant ses débris emportés par le courant et engloutit sous l’eau, il reste sans voix, sans forces, sa tête repose sur ses mains cherchant dans le vide qui se présente à ses yeux une force pour se lever, tourner le dos et peut être avancer. Les sien ont une fois pour toute coupé tout lien qui jadis les réunissait, lui annonçant encore une fois qu’il a échoué et qu’il n’a plus de prendre la peine de réessayer, il ne changera jamais.


Et à ce moment là, devant ce dernier pont coupé, il ne savait plus s’il avait de la sorte coupé sa main qui lui faisait mal et que ses douleurs vont disparaitre à jamais, ou ce sont les siens qui se sont débarrassés de leur membre infecté qui n’est autre que lui-même avec ses rêves et ses folies qui leur empoisonnait la vie…