lundi 17 septembre 2012

Étranger...


— Qui aimes-tu le mieux, homme énigmatique, dis ? Ton père, ta mère, ta sœur ou ton frère ?
— Je n’ai ni père, ni mère, ni sœur, ni frère.
— Tes amis ?
— Vous vous servez là d’une parole dont le sens m’est resté jusqu’à ce jour inconnu.
— Ta patrie ?
— J’ignore sous quelle latitude elle est située (...).
— Eh ! Qu’aimes-tu donc, extraordinaire étranger ?
— J’aime les nuages… les nuages qui passent… là-bas… les merveilleux nuages !

Charles Baudelaire, l’étranger


Étrange étranger, il n’est pas seulement le différent des autres, celui qui ne se plie pas aux normes communes. Être un étranger, c’est aussi quand on n’arrive plus à se connaitre. Être étranger face à soi même, se chercher sans se trouver, sans se définir ou se connaitre.

Être étranger vis-à-vis aux autres peut être dépassé, supporté, tant que la différence est définie. Avoir d’autre repères, d’autres habitudes, d’autres normes, être juste un passager, c’est la vision des autres qui définissent l’étranger.

……………

Elle, elle se sent étrangère ou étrange. Ce n’est pas dans le regard de ceux qui l’entourent qu’elle le perçoit.

Quand dans la rue de son pays elle ne fait que se balader. Tous les visages qui passent sont déformés, les paroles ont changé, les regards sont loin et vidés, comme si personne ne sait où il se dirigeait, ou où demain va le mener. Son pays lui est devenu étranger, même sa ville et le quartier qu’elle connait. Rien que ce grand bleu mystérieux qui est resté le même, avec ses contrastes, ses grandes colères et la paix qu’il donnait.

Quand elle se regarde dans un miroir, elle ne se voit plus, c’est une autre qu’elle a en face d’elle. Ce ne sont ni ses yeux ni son regard, ce n’est même pas son reflet.

Même quand elle ferme les yeux, cherchant dans ses profondeurs ce qu’elle est ou ce qu’elle était, elle se trouve face à un étranger.

Elle cherche l’enfant qui l’habitait, l’enfant qui en elle souriait, l’enfant qui la faisait danser et chanter… il l’a déserté.

Elle cherche le rêve qui la guidait, dessinant un ciel ensoleillé, la menant à des mondes enchantés… des nuages noirs l’ont camouflé.

Elle cherche son cœur qui jadis battait, l’emplissant d’espoir, de vie et de gaieté… il a cessé de vibrer… il est complètement vidé.

Elle cherche dans sa tête toutes ses idées, ses mots et ses proses qu’elle composait, son esprit fou et raisonné… même sa tête l’a lâché… elle n’arrive plus à fonctionner…

Le vide, le flou l’enveloppait, elle n’y est plus, elle n’est même pas l’épave de ce qu’elle était. Elle espère un jour se retrouver, ou au moins trouver un cadavre à enterrer, porter le deuil ou se ressusciter, pour ne plus être cet étranger.

Elle ne sait plus si c’est simplement passager, si c’est le repos du guerrier après un combat qu’il vient de quitter, ou c’est une perte à jamais, que ses débris sont trop éparpillés pour pouvoir un jour les rassembler.

Alors, elle perd tous les repères, elle s'accroche à des nuages, de merveilleux nuages, elle garde quelques souvenirs gravés dans une mémoires effacée, des promesses non assumées, et elle sait que ce n'est qu'illusoires... Elle ne sait plus si elle plane ou elle ne fait que chuter...

4 commentaires:


  1. لعلنا في لحـظات تشبة الامـل
    نحتاج الى كذبـة
    لتعيد انعاش الروح في زوايانا المظلمـة

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    1. الغريق يتعلّق احيانا بقشّة امل او ذكرى راجيا النجاة او ليعيش وهم نجاة

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  2. Ces nuages auxquelles on s'accroche ne sont guère une illusion...Ce sont les cendres d'un phénix qui va renaître...

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    1. il faut alors se bruler pour avoir son résurrection

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